La politique dans nos mosquées

Musulmans et municipales : pourquoi et comment porter le débat politique au sein de nos mosquées pour protéger nos droits et agir collectivement.

La politique dans nos mosquées
Photo by Ali AOUF / Unsplash

Aujourd'hui c'est l'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du mois du Ramadan. Pour nous musulmans, ce mois est très important. Cette année, l'Aïd el-Fitr arrive entre deux tours des élections municipales, dans un climat de forte tension ostracisant les musulmans, les arabes et de manière générale toutes les personnes ne correspondant pas au roman national.

Cette période est donc idéale pour les candidats de faire leur marché de voix, réveillant les questionnements historiques sur l'implication de la communauté musulmane en politique.


Pourquoi faire rentrer la politique dans nos mosquées?

Je vis en France depuis ma naissance, je n'ai connu que l'administration "laïque" française. Cette administration m'a fait vivre 2015 et son lot d'attentats, la montée du groupe État Islamique et ses tabous. (On en parlera dans un autre article, mais il est difficile a écrire pour moi.) La politique municipale a toujours eu un impact fort sur nos capacités à pratiquer notre religion. Aujourd'hui, la politique à un droit de vie ou de mort sur nos frères et nos sœurs. A l'heure où Quentin Derranque a le droit à une minute de silence a l'Assemblée Nationale, celle honorant la mémoire d'Aboubakar Cissé (le jeune homme de 22 ans ayant été assassiné dans une mosquée du Gard) a du être arrachée de justesse après un bras de fer politique.

Plus largement, quand on demande à nos sœurs, ingénieurs, journalistes, docteures, infirmières.... d'enlever leur voile pour travailler : c'est une décision politique. On ne veut pas de musulmans dans l'espace public si ce n'est pas pour nous servir.

La politique municipale nous sert. C'est celle qui nous permet d'obtenir ces stades pour célébrer nos 2 fêtes religieuses, c'est celle qui nous permet de construire nos mosquées pour ne plus avoir besoin de prier dehors sur des trottoirs. Elle nous permet d'avoir les moyens matériels nécessaires pour vivre en tant que communauté et plus en tant que croyants individuels seulement. Dans des mairies perdues, le harcèlement de nos frères et de nos sœurs musulman·es est incessant, des femmes qui n'ont plus le droit d'aller à la plage mais aussi des jeunes tabassés par une police de plus en plus armée, avec parfois des morts.

Photo by Alim

Comment faire de la politique dans nos mosquées ?

Certains font le choix de faire rentrer la politique dans nos prêches le vendredi, rappelant l'importance des décisions qui seront prises avec ou sans nous. Pourtant, l'implication en tant que communauté reste limitée, renforçant l'idée générale de séparer les musulmans de la politique. Notre organisation aujourd'hui ne nous permet pas de débattre dans un cadre religieux et d'élargir les questionnements sociétaux. Dans ma tête, quelques inspirations irait vers des ateliers de revu de l'actualité locale, avec une lecture théologique : Comment cette actualité impacte notre pratique religieuse ? Quels sont les idées de chacun, pourquoi pensez-vous que tel candidat est plus intéressant pour notre communauté que celui-ci ? Quels sont les risques qui pèsent sur nous ? De qui pouvons nous obtenir des engagements claires pour protéger notre communauté ?

Ces questions doivent se poser en communauté, et non entre quelques uns. C'est la meilleure façon d'obtenir un consensus qui va dans le sens des musulmans. Les jeunes sont trop souvent oubliés de ces questions, pourtant les étudiants sont les plus touchés par la précarité, les difficultés de logement et d'accès à l'emploi sont des réalités qui, bien que connues de tous, sont trop souvent relégué au stade de "temporaire"

Si ce n'est pas nous qui allons à la politique, elle se fera sans nous et contre nous.